Pour Sylvie M. Qui aime tant l'océan.

 

 

Fin de l’année

Tout endroit

Dans ce monde flottant passe rapidement.

 

L’océan ne se préoccupe pas du passage des saisons. Il lance ses vagues sans s’interroger sur le monde, son effritement, ses névroses.

Elle, elle marche sur la plage, à petit pas, et se laisse saisir par le mouvement et le froid. Elle a mis son vieux manteau de laine. La couleur usée ne l’embarrasse pas. Ce manteau la réchauffe encore et cela la contente. Elle doit profiter de la lumière qui ne tardera pas à fuir. Bientôt, les tables vont se recouvrir de leurs plats. Les rues, les maisons se remplirent de ces bruits qui annoncent la fin de l’année.

On mangera, on dansera, on boira, jusqu’à minuit. Et puis, ils croiront tous alors, que le temps du renouveau est arrivé.

Fin d’un temps, début d’un autre.

De belles promesses, de belles résolutions. Aucune importance si on ne les tient pas. On s’est pensé sincère en les prononçant.

L’océan, lui se fout bien de tout cela. Et c’est ce qui lui plaît. Elle aime passer cette soirée auprès de lui, amant fidèle. Elle déambule sur le sable et ne fait des promesses qu’à elle-même. Elle ne prend ainsi aucun risque. Elle ne peut que se décevoir.

Le ciel se couvre d’étoiles. Il fait froid.

Elle s’assoit sur le sable humide et sort de son vieux sac un thermos. Elle y a laissé infuser ce thé du Japon. Un thé qu’elle aime particulièrement. Elle ne connaît rien de ce pays mais a toujours rêvé sur ces paysages. Longtemps, elle s’est dit qu’elle irait. Mais ce voyage là n’est jamais arrivé !

L’océan a avalé ses rêves, ses plaintes, d’année en année. Il a su la délester de ce qu’elle avait de trop, d’inutile : regrets, désirs, rêves. Elle a compris peu à peu que les vagues se saisissaient même de ce qu’elle avait de plus intime. A la rendre légère, légère. Tout rejoint les abîmes.

Un jour, elle n’aura plus rien à noyer. Elle saura alors qu’elle a atteint l’essentiel et pourra abandonner sur la plage son vieux manteau.

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