~Averse d’été

Une femme solitaire

Rêve à la fenêtre.

Kikaku

Les cigales se sont tues. A peine un chant d’oiseau, au loin. L’orage du matin a laissé place à une pluie fine qui lave les dernières traînées de poussière.

Elle s’est réveillée aux derniers coups de tonnerre. Les éclairs, eux, n’avaient pas assez de puissance pour transpercer l’épaisseur des volets. Le bruit oui !

La paresse s’étend sur tous depuis l’arrivée de l’été. Même le chat ne se décide pas à réclamer nourriture et caresses. Sortir du lit demande un effort.

Lorsqu’elle entrouvre les volets, une fraîcheur bienfaisante vient chasser la lourdeur de la nuit. L’orage semble avoir tout purifié. On peut croire qu’il ne restera rien du poids des journées passées.

Lui dort encore. Il est là, bienheureux, étalé sur les draps. Le corps nu. Se blottir contre lui. Elle aimerait le faire. Prolonger les promesses faites dans le souffle d’une étreinte. Mais sur l’instant, elle a d’autres projets.

Elle abandonne la fenêtre, attrape quelques vêtements, sort. Ne pas claquer la porte ! inutile de surprendre ceux qui dorment encore. Le dehors l’appelle. Elle va aller fouler le sol humide. Elle les laisse à leurs rêves. Elle retracera les siens dans cette marche solitaire.

Ce matin, la terre la happe et c’est bon.

Peut-être aurait-elle dû laisser un mot sur la table ! Et puis non, inutile de retourner sur ses pas, elle sait qu’ils ne s’inquièteront pas. Quel bonheur que cet amour qui arrive et qu’elle n’espérait plus. Elle a été surprise lorsqu’il lui a dit qu’il la rejoignait. Surprise et heureuse ! Si heureuse !

Les enfants n’ont rien dit. Ils ont d’autres préoccupations que les amours de leur mère. Ils vivent leur adolescence tant bien que mal. Elle, elle est là, à les soutenir.

Pour une fois, elle se laisse envahir par cet amour si imprévisible. A son retour, elle lui dira de rester encore et encore. Elle est certaine que cette fois, c’est la bonne. Une vie à deux. Elle y croit, elle l’espère.

Tandis qu’elle court sur les sentiers, la maison est sortie de sa nuit. Chacun a fait ce qu’il devait faire. A peine s’est-on interrogé sur son absence.

Lui, a fait son sac. Ce soir, il doit avoir rejoint la capitale. Finalement cela l’arrange qu’elle soit absente.

 Comme elle, il  ne laisse de mot,certain qu’elle comprendra.

Il croit qu’ils ont en commun ce désir de liberté.

Ces retrouvailles ne peuvent être que passagères. Pas plus que cela !

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