~Ondulante, serpentante

La brise fraîche

Vient à moi

Issa

 

Ici tout n’est que vide. Presque tous ont déserté le paysage. Seul, un vieux couple a décidé de ne pas abandonner le hameau.

Peu de personnes grimpent encore la colline pour atteindre la dernière maison. Eux, il y a un certain temps, avaient la force, tous les quinze jours, d’aller chercher les provisions qui leur manquaient. Aujourd’hui, ils se contentent du potager et de leurs quelques poules. Parfois, une âme charitable arrive, chargée de paquets. On ne sait quand, on ne sait avec quoi.

Ils ont toujours vécu à deux, n’ont jamais quitté leur maison. Impossible, désormais, de le faire. Sans enfants, ils ont le sentiment, tout de même, que leur vie a été belle, puisqu’ils ont aimé. Ils ont toujours su que c’était une chance, que certains ne connaîtraient pas.

Ce matin, comme depuis plusieurs semaines, c’est lui qui ouvre les volets. Il sait préparer le thé, les œufs, mais surtout faire infuser les feuilles de menthe du jardin, ce qu’elle aime infiniment.

Elle est sortie du lit lorsqu’il l’a appelée. Il sent bien que depuis quelques semaines tout pèse plus lourd pour elle. Il le sait, un jour ils n’ouvriront plus les volets. Il ne souhaite pas y penser, mais il comprend que ce jour est proche.

Ce matin, il constate que la saison se fait paresseuse. Comme eux !

Comme elle est belle son aimée. C’est ce qu’il pense en buvant le thé chaud. Comme elle est belle et comme il l’aime encore. Même dans la mort qui s’installe. Car, il ne veut pas se le cacher, c’est bien de ça qu’il s’agit. Cela devait, cela doit arriver et ils y sont préparés. Malgré tout un frémissement le parcourt. Elle, le regard absent, boit son thé. C’est donc lui qui décidera pour eux deux. Il aurait tant aimé que ce fut le contraire.

- Ouvre la fenêtre.

C’est ce qu’elle lui demande.

Il obéit et laisse entrer un air frais. La caresse est douce. Il entend le chant des oiseaux. Les quelques poules qui restent vont bientôt annoncer leur ponte journalière.

Lorsqu’il décidera de ne plus ouvrir les volets, il ira les délivrer de leur prison. Il les laissera regagner la nature. Elles mourront libres !

Libres comme ils le sont eux-mêmes !

Débarrassant la table, il se remplit du silence qui de nouveau s’impose dans la maison. Elle a regagné la chambre et le lit. Aujourd’hui, il va tout remettre en ordre. Peut-être que ce soir, il ne rentrera pas les poules, et que demain il n’ouvrira pas les volets.

Ce soir ou le suivant.

Ils vont devoir se préparer pour leur vie prochaine.

Ce qu’il souhaite c’est de la retrouver, elle, son adorée. Et que de nouveau ils s’aiment.

Retour à l'accueil