~Brise légère

L’ombre de la glycine

Tremble à peine

Bashô

 Il fait si chaud que le sommeil s’absente. Les fenêtres, ouvertes sur la rue, laissent s’enfuir la lumière. On peut imaginer les lits défaits, les draps repoussés, rejetés. Nul n’en a besoin.

Ils n’aiment pas l’été en Provence. Mais ils n’ont pas eu le choix. Le travail les a conduits à abandonner leur montagne. Pour vivre, lui pense survivre, ils ont accepté de s’exiler dans un paysage plus aride.

Elle en est à sa deuxième grossesse. De la première, il ne reste que les larmes. Elle dit que c’est la chaleur qui a laissé échapper de son ventre leur premier enfant. Elle ne veut pas que cela recommence. Elle a peur et le lui confie. Elle aimerait que son enfant naisse à l’ombre des sapins. Dans leur petite chambre de bonne, elle lui a dit tout cela.

Lui ne fait qu’écouter, il ne parle pas. A quoi bon, il ne peut pas la rassurer. La première fois, il n’a rien su faire. Il n’est pas certain, même, de l’avoir consolée. Il a contemplé le désastre de leur vie. Plus jamais, plus jamais, c’est ce qu’il pense. C’est pourquoi il n’était pas pour cette deuxième grossesse. Il aurait préféré finir leur vie à deux. Il ne sent pas capable de retraverser l’épreuve du deuil. Deuil de cet enfant, deuil de sa joie à elle. Il pense l’avoir perdue. Elle n’est plus celle d’avant.

Elle pense que l’enfant en elle mûrit comme le fruit. Et ce fruit, elle veut qu’il arrive à maturation. Encore quelques mois d’épanouissement et ensuite tout ira bien. Mais cette chaleur la mine. Physique et moral en prennent un coup. Fille ou garçon qu’importe, à deux, ils l’aimeront. Fille ou garçon, attendre que le fruit mûrisse. C’est ce qu’elle récite lorsque le doute s’installe. Un refrain qui la sécurise. Fille ou garçon qu’importe, à deux ils l’aimeront.

Si elle n’est plus la même, lui aussi a changé. Une légère cassure marque leur vie à deux. Il a peur que cette cassure devienne faille. Il ne veut pas y sombrer. Arrête de penser, repose-toi, c’est ce qu’il aimerait lui dire. Mais les mots ne viennent pas. Eux aussi s’échappent et il sait pourquoi. La faille, cette putain de faille, ébranle tout.

Il y a du bruit dehors, dedans. Tout à coup, tout est bruyant autour d’eux. Lui aussi étouffe de ce trop de bruit, de chaleur !

Il se serre contre son corps. Elle est lourde. Plus lourde que lui et cela lui plaît. Il essaie de combler la faille qui s’est imposée entre eux. Ne lui laisser aucun espace. Mais peut-être est-ce déjà trop tard !

Il sera beau notre enfant, lui murmure-t-il pour se rassurer.

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