Automne

Les oiseaux eux-mêmes

Et les nuages paraissent vieux.

 

Paysage d’automne

 

On range dans les armoires les vêtements trop légers. On plie les moustiquaires. L’été a délaissé le paysage.

L’automne se pose avec sa palette de couleur et impose sa lumière. Cette année, tout est arrivé trop vite. C’est ce que disent les anciens.

Lui, installé dans son atelier, ne s’en plaint pas. Il aime cette saison. Elle lui permet d’explorer ce qu’il y a de plus profond en lui. Son art, il ne sait dire pourquoi, s’enrichit à chaque automne. Cela a toujours été ainsi.

La vieillesse s’est installée sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Sa peinture se fait plus vivifiante. Le temps a sublimé son art.

Il a toujours vécu dans la solitude et ne l’a jamais regretté.

Ce matin, il ira plus tard dans son atelier. Il savoure son thé, bercé par la pluie qui vient heurter les tuiles. Ce chant lui est salvateur. Il viendra nourrir ses gestes. La toile qu’il a commencée le hante. Ce n’est pas la première fois, qu’il est ainsi envahi par ce sentiment. Mais, est-ce l’effet de l’âge, de la saison, il s’incruste plus profondément en lui. La nuit dernière, il a pu voir, dans un rêve agité, tous les contours du tableau.

Il sait désormais clairement, quel pinceau prendre, quel tube saisir, quel mélange réaliser. La toile sera belle. Peut-être l’une des plus belles. Ce n’est pourtant pas cette beauté l’objet de sa recherche. Ce qu’il a patiemment courtisé, c’est la justesse du geste, la perfection même. C’est cela qui le fascine. Contrairement à tant d’autres, il n’a pas non plus cherché la notoriété. La reconnaissance n’a jamais été son désir.

Il sent ce matin, une fatigue l’envahir. Un sentiment de fragilité inconnu alors. Est-ce le pressentiment d’un achèvement ? Quel visage prendra-t-il ? Celui de sa vie, de son œuvre ? L’une et l’autre ? Il pense que le temps en est venu. Mourir en ce jour d’automne, sous le chant de la pluie et cette lumière paresseuse, serait un beau cadeau. Il sait désormais que ses toiles lui survivront. Il en a vendu un certain nombre, offerte parfois en échange d’amitié et même d’amour. Une, particulièrement, sera à celui qui le trouvera. Une offrande en quelque sorte pour que l’on prenne soin de son corps.

Il a, depuis quelques années déjà, pensé à ce moment. Pour cet instant-là, il a gardé précieusement une des ses toiles qu’il a nommé paysage d’automne. Il y a figuré le vide, l’absence, le néant. C’est sa vision de la fin, vision d’athée qu’il revendique. En la peignant, en la contemplant, il s’est habitué à ce qui doit arriver. Accrochée sur un mur blanc, elle l’a accueilli chaque jour, compagne fidèle !

Sa tasse de thé est vide, la pluie et son chant mélancolique cessent. L’appel de la peinture retentit en lui.

Il ne va pas mourir ce matin.

 

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