Dans le vieux puits

Un poisson gobe un moustique

Le bruit de l’eau est sombre.

Buson

 

La campagne est déserte, la ferme comme abandonnée. Rien ne bouge. Seul persiste le vol des moustiques. On se demande même comment on a pu vivre ici !

Rien n’indique que la vie est encore là. L’humain n’existe plus dans le paysage ou on ne le voit pas. Il se terre, se cache, se minéralise.

Le puits au centre de la cour attire le regard. La rouille et la mousse en ont fait leur royaume. Cela a quelque chose à voir, tout de même, avec la beauté. Au-dessus, le ballet des moustiques. Parfois l’un d’entre eux, plus téméraire que les autres, plonge dans ses profondeurs. Jamais il ne revient. Disparu, happé, anéanti. Il n’est plus. Seul persiste l’existence de son passage.

La voiture s’est arrêtée à l’entrée.

Aucune barrière ne l’empêche d’aller plus loin mais pourtant elle a stoppé son avancée.

Le chauffeur, comme le passager, ne bougent pas. Ils attendent, à l’intérieur, immobiles comme le paysage.

Derrière l’une des fenêtres de la maison, un rideau a bougé. Ce ne peut-être le vent, il n’y a pas un brin d’air en cette fin de matinée. Une main ? on n’aperçoit rien. Aucune présence.

La voiture redémarre et se gare dans la cour. Les hommes sortent du véhicule, regardent de loin le puits mais ne s’y attardent pas. C’est à la porte qu’ils vont frapper. La vieille porte au bois usé. Aucune réponse à leur appel. Ils n’insistent pas. C’est inutile ! Ils en ont l’habitude. C’était chaque fois la même chose lorsqu’ils arrivaient quelque part.

Ils firent alors ce qu’ils étaient venus faire.

Ils apposèrent sur le vieux bois un papier au texte menaçant « dernier avis avant expulsion ».

S’ils avaient pris le temps d’examiner le fonds du puits, ils auraient pu voir un visage leur renvoyer un sourire de mépris.

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