La nuit brève

Il reste des lumières

Dans le port

Shiki

 

La nuit d’hiver endort le port et accorde au silence les clés de son royaume. A peine un remous sur l’eau.

Quelques flocons viennent caresser les bateaux qui n’osent bouger de peur de déranger l’ordre qui s’installe.

Personne sur les quais. Il fait trop nuit, trop froid.

Les lumières scintillent puis s’effacent une à une. Seul sur l’eau, le reflet de la lune.

Que rien ne vienne troubler cet instant ! Si la vie est bien là, elle est minérale, aquatique. Ce lieu devient antre du silence, absence de mouvement. Tout se fige.

Personne, non plus, derrière les fenêtres qui surplombent le port. C’est un peu comme si on n’osait regarder le spectacle qu’offre cette dernière nuit. Il n’est pas si tard mais tous semblent déjà être endormis ou ailleurs.

Ici, c’est un peu le règne de la belle au bois dormant.

Ici, dans ce port, même pas le bout du monde, mais la fin du chaos.

Allongée sur un sofa, une coupe à la main, dans le noir, elle songe au silence qui s’étale, au temps qui se glace, à la fin d’on ne sait quoi, au début de ce qui pourrait être. Elle songe à ce qui a été, à ce qui est, à ce qui sera. Elle n’en a que faire. Les pensées la traversent mais elle ne les retient pas.

Demain, la lumière sur le port .Le bruit du vent dans les voiles. Les pas pressés des piétons.

Et si tout va bien, un coup frappé à sa porte.

Seul le silence y répondra. De sa présence, il ne restera qu’un corps inerte.

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