Heure calme

Un oiseau marche sur les feuilles mortes

Bruit de ses pas

Ryûshi

 

L’automne a dénudé les arbres.

Le vent de l’hiver balaie le sol et joue comme l’enfant. Il rompt le silence d’un matin qui se lève.

Dans la maison de retraite, tout est encore calme. Même les soignants semblent avoir décidé de laisser le temps suivre son désir.

Réveillée, au chaud sous la couverture, elle a pu se saisir de la commande électrique, ouvrir le volet pour laisser entrer une peu de cette lumière blanche d’hiver.

Elle aime toujours voir le spectacle du matin. Le ciel fait sa toilette, la lune coquette s’enfuit et les arbres en tenue d’hiver essaient de faire bonne figure. Quelques-uns y parviennent.

Tout est silence et dans cela même, tout est son.

L’arbre se tord.

La feuille chute.

La barrière grince.

L’oiseau déploie ses ailes.

Elle sait écouter et entendre tout cela. Elle a éduqué tout ce qui lui reste de sens pour n’être plus que perception. Elle a fait de sa solitude, de sa vieillesse, le royaume des sens. Elle seule en est la reine. Elle en détient tous les pouvoirs.

Un craquement plus perceptible que les autres la fait tressaillir. C’est un oiseau qui s’est posé sur le balcon de la chambre. Ils se regardent et ce qu’elle perçoit dans ce regard l’émeut.

Le rouge-gorge, car c’en est un, lui envoie toute la tendresse possible.

Entre l’un et l’autre, la conscience de la fragilité de leur monde, de leur vie, mais aussi un amour incommensurable pour cette vie même.

Dans ce matin calme, tout est présage, pour une journée merveilleuse.

 

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