Il braqua l’arme droit devant lui, dans l’obscurité. C’était complètement stupide parce qu’il n’y voyait rien. Rien de rien. Pas de lune, pas d’étoiles. Devant lui l’obscurité ! Peut-être celle de sa vie. Il n’y pouvait rien, tout ce noir lui collait à la peau.

Cela avait commencé à l’adolescence. Il s’était pris de passion pour tout ce qui était gothique. Il lisait, il s’habillait, il pensait gothique. Cela lui donnait un genre et les filles, certaines, aimaient cela. A la maison, on répondait à ses provocations par un silence oppressant. Du plus loin qu’il se souvienne, seuls persistent ce silence et ce noir, tout ce noir.

C’est naturellement que la peinture vint à lui. Il était doué, on le lui avait toujours dit. Ses tableaux se voulaient dans le même ton. On aima son noir. Les galeries se l’arrachaient. L’argent gagné lui permit de vivre en toute indépendance, hors de leur silence oppressant.

Loin d’eux, il s’entoura de sons. Des sons durs. Seules les femmes qui traversaient son lit arrivaient à les faire taire.

Le noir, la musique, la peinture, les femmes, pour lui toute une partie de sa vie. Mais cela ne le comblait pas. En lui, la présence d’un trou béant, d’un vide vertigineux.

Il eut assez d’argent pour prendre une année sabbatique. Il avait tant peint que se ressourcer était devenu nécessaire. Peut-être était-il temps de trouver la couleur. Ce fut désormais son projet.

Là, dans cette obscurité, l’arme braquée devant lui, il avançait sans peur, sachant qu’il arrivait au bout de sa recherche. Une année à marcher, à découvrir, à comprendre.

L’apothéose fut cette rencontre. Une fille à la peau si noire qu’il en a chaviré, sombré. Cette fille, pour la première fois, il désira la posséder à jamais!

Finalement, cela avait été simple ! Partir, marcher, abandonner tout ce qui avait fait ce qu’il était pour découvrir ce qu’il cherchait : la couleur, la lumière, le tout réuni dans cet amour fou. Son corps, lorsqu’il le découvrit, lui fit comprendre ce qu’était vraiment l’art ! La perfection !

Mais cela n’avait pas duré. L’ennui ! je m’ennuie avec toi, lui avait-elle dit. Ta vie manque de relief, de couleur. Oui c’est ce qu’elle avait dit. Ta vie manque de couleur.

Pourtant, il en avait été certain, en lui, plus de noir, plus de vide, rien que l’amour, l’amour fou.

Il n’avait pas supplié. Il avait laissé partir sa déesse noire. Et repris sa recherche.

L’arme, il l’avait toujours eue. Ce fut sa compagne de voyage. La seule ! Là dans cette obscurité, au milieu de nulle part, il a décidé de la découvrir enfin cette couleur. Il va trouer le ciel pour y découvrir des étoiles. C’est vers le haut maintenant qu’il dirige l’arme, il va en tirant, illuminer le noir de sa vie.

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