J’étais déjà installée lorsque je les ai vus. J’avais fui la lourdeur de la maison. Chacun s’était réfugié dans sa chambre. Moi, je préférais la brûlure du soleil. J’avais pris mon sac, mon maillot et je les avais laissés à leur sommeil.

Je n’avais rien à faire, là, allongée sur cette plage. Pas de livres, pas d’amis. J’étais seule et lasse déjà du mouvement des vagues. Je passais donc mon temps à observer. En ce début d’après-midi, malgré la chaleur, nombreux étaient ceux qui se doraient au soleil.

Quelques jeunes jouent, plongent, courent après un ballon. Un couple se dispute pour une histoire de parasol. Un enfant pleure, on vient de lui voler sa pelle. Et moi, je suis au milieu de tout cela en contemplatrice. J’aimerais qu’eux aussi désertent le lieu pour me laisser abandonnée à moi-même. J’aimerais la plage rien qu’à moi. Impossible dans une région qui se veut touristique !

Je m’en voulais d’avoir accepté la proposition de mes parents, celle de les avoir rejoints dans le Sud. Ce que j’y ressentais me prouvait que cela avait été une erreur. L’ennui m’était insupportable. Nous n’avions rien à nous dire et ce, depuis si longtemps.

Rien dans ces paysages ne me correspondait. Trop de sable, trop d’eau, trop de monde !

Sur la plage, je ruminais mes pensées, j’observais, et je décidais de faire mon sac le soir même et de partir. La solitude était moins pesante face à moi-même.

C’est alors que je les ai vus arriver. Ils étaient beaux. Ils irradiaient d’amour. Je les enviais, moi qui ne vivais que dans l’absence de toute tendresse. Oui j’enviais leur amour. Je les jalousais même. Cet amour les dépassait. Il se déplaçait dans le mouvement de leur corps. On ne pouvait que succomber.

Le couple était âgé mais d’une vieillesse noble. Leur beauté était intacte, indemne du passage du temps.

Je les ai vus se dévêtir et tels des enfants courir vers l’eau. Ils avaient posés leurs vêtements sur la plage, simplement pliés sur une seule serviette. Blanche, elle était blanche, et respirait la propreté, bientôt quelques grains de sable viendraient la souiller.

J’ai pensé que, pour eux-aussi, la chaleur devait être insupportable. Qu’ils avaient besoin tout simplement de se rafraîchir. Ensuite, ils viendraient s’étendre là devant-moi, comme tous les autres.

Mais rien n’a été ainsi.

On ne les a jamais vus revenir. C’était comme si la mer les avait engloutis. Une disparition soudaine, incompréhensible.

Certains ont appelé, crié. Moi j’ai observé sans rien dire : la serviette, les vêtements si joliment pliés, et leur absence. Elle devenait le centre de mon observation. Cette absence si présente m’envahissait. J’arrivais à m’en saisir, à la comprendre, à la faire mienne.

C’est décidé, ce soir je fais mon sac.

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