Jeanne et Henri

 

Jeanne avait des choses à dire à M. Henri. Elle se l’était promis en fermant la porte. Un jour, elle irait et il l’écouterait.

Aujourd’hui, elle a du temps. Elle va lui parler.

Elle frappe à la porte, n’attends pas la réponse, ouvre.

Il est toujours là, sur son fauteuil, face à la fenêtre, à regarder le vide du champ. A attendre on ne sait quoi ! Cependant, en elle cette certitude de ce qu’il souhaite. Mais elle ne veut y songer.

Elle prend la chaise, s’approche de lui, s’installe et raconte.

Sa vie, le temps qui passe et surtout ses désirs. Et puis, elle l’interroge sur son cœur à lui. Ce qui le rend si triste et taciturne et sur ce qui le pousse à ce renoncement.

Elle lui parle d’amour, de rencontres, de regards, de frémissements. Elle lui parle de la vie de la sienne bien sûr et elle aimerait qu’il en fasse de même. Quel homme a-t-il été ?

Elle le sait il a été aimé et il a aimé. Il est impossible qu’il en soit autrement.

Elle lui demande de renoncer à sa solitude, de sortir de cette chambre, de laisser ses jambes le porter encore et encore. Elle lui demande de vivre.

Lui ne répond pas. Mais il écoute, elle le sait car il y a dans sa respiration un rythme différent.

Elle lui dit qu’elle veut le voir cet après-midi avec les autres.

La seule chose qu’il répond et qu’il aimerait lui faire ce plaisir mais qu’il n’en est pas capable. Plus assez d’amour et d’envie en lui.

Elle le laisse alors à cette solitude qu’il désire tant et qui le ronge. Mais elle ne renoncera pas. Elle ira encore et encore lui dire la vie.

Lorsqu’elle ferme la porte, un courant d’air décroche la carte postale. Elle se pose délicatement sur le sol de la chambre.

M. Henri laisse faire. Il n’ira pas la ramasser.

Il était temps que cette carte finisse à la poubelle. Des pensées il n’en a pour personne.

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