La chambre de Jeanne

 

             Il était tard et elle venait à peine d’arriver. Le voyage avait été long. La nuit déjà s’installait. La gare était presque vide. Ils étaient rares les voyageurs. Elle n’avait aucune adresse où aller, nul endroit pour l’accueillir. Mais, elle espérait trouver rapidement une petite chambre qui pourrait la recevoir, au moins pour la nuit. Après, elle aviserait.

             A la sortie de la gare, elle trouva aisément la direction du centre ville. C’était la fin de l’été et les vacanciers avaient désertés les lieux. Elle s’engagea dans les vieilles ruelles. Elle voulait trouver un coin original. Pas une de ces chaînes d’hôtel banale et anonyme. Surtout pas ! Lors de son errance, une pancarte attira son attention : « chambre à louer, une nuit voire plus, si affinité ». L’annonce la fit sourire. Voilà ce qu’elle cherchait.

             Elle sonna et rapidement on vint lui ouvrir. La femme qui l’accueillit était rondelette mais avait un sourire ravageur. Elle avait largement passé la soixantaine pourtant elle avait gardé une certaine jeunesse Elle s’annonça comme la maîtresse de maison : Jeanne. Eva après s’être présentée fit sa requête. Une chambre pour la nuit. Peut-être deux, mais elle ne saurait le dire. Elle avait des choses à régler mais ne savait combien de temps cela prendrait. Elle n’en dit pas plus mais cela suffisait à Jeanne. Elle avait l’habitude des taiseux.

             Elle lui proposa de la suivre à l’étage. La maison était coquette et sentait bon la propreté. Cela provoqua en Eva un flot d’émotion. Elle ne savait dire si c’était le bois, la chaleur, l’odeur qui en portaient la responsabilité. L’escalier vibrait, vivait sous ses pas et c’était bon à entendre.

             La chambre était simple mais belle. Tout attirait le regard. Il y avait un certain goût dans l’agencement des meubles et les murs blancs et lisses appelaient à la contemplation. Ce lieu répondait au désir de la voyageuse. Rien ne viendrait empêcher le recueillement. Pas d’objet incongru qui heurterait par sa présence. Tout était à sa place.

             Jeanne précisa que l’on pouvait prendre son petit déjeuner à huit heures, pas avant, parce qu’elle avait du mal à se lever. Avait-elle soupé ? Voulait-elle quelque chose ? Cela ne posait aucun problème. Eva n’avait qu’une envie. Se coucher. Son hôtesse comprit et la laissa. La porte en se refermant fit un léger bruit. Un son tendre comme pour dire maintenant tu es chez toi.

             Le grand lit l’attendait, il semblait même l’espérer.

             Elle se dévêtit. S’y réfugia.

             Les draps, couleur lavande, en avaient l’odeur. Cela la fit sourire. On était si loin de la Provence.

La maison étant silencieuse, elle n’eut aucun mal à s’endormir. Pour une fois, la solitude ne lui fit pas peur. Elle la désirait même.

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