Louise

 

La carte datée du 28 février 1915, arriva chez Louise, un mois plus tard.

Cela faisait donc déjà un mois qu’elle était seule, à s’occuper de tout, à essayer de vivre au milieu de ce désastre. Pas de place pour la plainte, les pleurs. Elles étaient si nombreuses dans ce cas. Le village était vide de ces hommes comme le lit des épouses. Les nuits étaient glaciales même au cœur de l’été. Parfois le sommeil désertait aussi les foyers.

Louise la trouva jolie cette carte. Mais c’est surtout les mots de son petit homme qui trouvèrent son cœur, plus que le bouquet de pensées mauves tracé délicatement sur un fond sombre.

Il lui disait qu’il ne voulait pas mourir et elle, elle aimerait lui dire qu’elle ne veut pas de cela, qu’il meurt. Ils ont encore tant de choses à faire ensemble. Et surtout, presque dans l’urgence, un enfant !

Il lui dit aussi que toutes ses pensées sont pour elle. Oserait-elle lui dire un jour, que pour elle, du matin au soir, ses bras à lui sont devenus son obsession.

Elle n’oserait mais elle le pense si fort qu’elle en frémit, là assise sur cette chaise, dans cette cuisine si vide, à lire la carte de son homme.

Elle va, comme il le lui demande, l’accrocher sur un mur de la maison. Elle ne sait pas encore lequel. Elle va y réfléchir, prendre le temps. Elle veut être certaine de son choix. Ne pas se tromper Le bon mur ! Il la trouvera en revenant du front car il va revenir, il le faut.

Mon Dieu, faites qu’il revienne. On n’a pas eu le temps de s’aimer follement. Et surtout de se le dire.

 

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