Georges

Lundi 28 février 1915,

Ma petite femme chérie,

Comme je te l’ai dit hier mon amour, j’ai acheté quelques cartes et je ne peux m’empêcher de t’en joindre une aujourd’hui.

Je suis maladroit dans mon écriture et dans mes mots. Mais ma petite femme chérie, c’est que je t’aime et je veux encore te le dire avant de rejoindre le front.

Ton petit homme t’a toujours dans les pensées. Ne souris pas !

Elle est belle, n’est-ce pas, cette phrase écrite sur le devant de la carte. Et lui, ce soldat qui a fière allure, c’est un peu moi tu trouves pas ? C’est moi ton petit homme.

Ma femme chérie, je sais que tu m’en voudras si j’utilise mon arme. Mais si je veux pas mourir, si je veux retrouver tes bras et ton sourire et tes baisers, il le faudra bien. Ils nous l’ont donné ce fusil avec tout un sac trop lourd à porter et même on a appris à s’en servir.

Ma petite femme chérie, j’aimerais être poète pour écrire mieux cet amour que j’ai pour toi. Mais ton petit homme ne l’est pas. Moi je connais pas trop les mots mais je connais la terre et le labour. L’école je l’ai fréquentée si peu. Pour moi il n’y a eu que le sol de la ferme.

Dans mon sac, j’ai aussi quelques cigarettes, des Gauloises. Moi qui ne fume pas je les échangerai ou les donnerai. Le briquet, je le garde car je veux te l’offrir. Il pourra te servir. J’espère ne pas avoir à utiliser le masque à gaz. Je l’espère vraiment de toutes mes forces.

Ma petite femme chérie, lorsque je rentrerai, j’aimerais retrouver cette carte accrochée sur un mur de notre maison. Cela voudra dire que, chaque jour, tu as lu et relu cette phrase que je veux mienne Cette phrase qui ne vient pas de ma bouche mais que je trouve si jolie : « Toutes mes pensées sont pour toi ».

Ma petite femme chérie prie pour moi.

Je ne veux pas mourir au front.

 

Ton petit mari chéri Georges.

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