Monsieur Henri.

 

De ma fenêtre, je peux encore apercevoir la ligne sèche du champ. Les blés sont coupés, la terre nue souffre sous la force du vent. Sur son dos, un trait de poussière.

Le vent, je ne l’entends pas.

Bien sûr je pourrais l’entendre. Oui je le pourrais. Il me suffirait de me lever, de quitter mon fauteuil. Il me suffirait de vouloir cela. Me lever, quitter mon fauteuil.

Un pas, deux pas, trois pas, pas plus peut-être. Je n’en suis pas certain.

En fait, je ne suis certain de rien. Il y a longtemps que j’ai laissé derrière moi toute certitude.

Un pas, deux pas, trois peut-être et j’ouvrirai la fenêtre et je laisserai le chant des cigales envahir la pièce. Je laisserai aussi ce maudit vent répandre sa chaleur sur ce que je suis devenu. Oui, je le laisserai faire.

Mais ai-je envie de faire ces trois pas pour laisser entrer la brûlure de l’été ?

Trois pas ! pas plus ! un deux trois…

Je laisserai entrer ce maudit vent si j’étais certain que cette brûlure efface tout de cette chambre. Mais des certitudes, je n’en ai plus.

A mes côtés, à droite exactement, la carafe d’eau qu’ils m’ont laissée. De temps en temps ils viennent frapper à ma porte.

  • Monsieur Henri n’oubliez pas de boire.
  • Monsieur Henri encore un effort. Buvez un verre.
  • Monsieur Henri n’oubliez pas….

Qu’ils aillent se faire voir. Et si j’avais envie d’oublier. Si au fond cette idée-là, celle de l’oubli, c’était ma seule certitude. Qu’on me la laisse.

Si je tourne mon regard sur la gauche, je la vois cette carte accrochée sur le mur. Elle est de travers mais reste belle. On peut y lire «  toutes mes pensées sont pour toi ». J’aime me plonger dans cette phrase. C’est drôle parce que je ne l’ai jamais dite à personne. Et la carte je ne sais même plus d’où elle peut venir et qui l’a accrochée, là, de travers sur le mur, à ma gauche.

Le champ de blé est aussi vide et triste que ce qui se passe dans cette chambre. Ou plutôt il est à l’image de ce qu’est cette chambre. Le rien. Il n’y a rien.

Mon corps est sec mais il ne veut pas encore se courber. Il ne renonce pas lui. Mon cœur continue de battre et je me demande bien pourquoi, pour qui ?

  • Monsieur Henri ne restez pas assis. Venez voir l’animation. Il y a du monde dans le salon. On chante aujourd’hui.

Allez-vous faire voir. Je n’ai pas envie de chanter aujourd’hui.

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