Elle a envie de s’abandonner aux larmes. Elle s’est retenue de pleurer. Et le sentiment que c’était vrai, enfin lui emplit les yeux de larmes. Lentement deux larmes, lourdes, des larmes d’enfant, coulèrent de dessous ses paupières closes, sur ses joues creuses.

Elle me rassurait plutôt par les larmes qui coulaient sans effort, sur son visage à la beauté toujours un peu mélancolique. Je tins un pli de son manteau, regardai son visage d’enfant, les cernes qui avaient l’air de légères meurtrissures autour de ses yeux comme ceux d’un enfant qui a longtemps pleuré.

Il me semble qu’il a envie de pleurer comme moi, je voudrais me jeter dans ses bras me serrer contre lui, mais je n’ose pas…

Elle s’excuse. S’empêche de pleurer mais en vain. Elle pleure.

Elle se mit à sangloter contre lui. Elle se mord le dedans des joues à s’en faire gicler les larmes. Ces larmes qui tombaient de ses yeux à terre, comme si c’eût été de l’eau qu’on eût répandue Dehors les larmes se prennent en glace. Tout au long du chemin que le taxi emprunta, elle pleura sans pouvoir s’arrêter.

Il me semble que je n’ai fait que pleurer jusqu’à notre arrivée à Paris à la gare du Nord. Désespoir ! suis-je donc toujours dans mon propre corps, ou non ? M’a-t-on déménagée clandestinement de moi-même ? Va-t-on me gratter jusqu’à l’os ? Bandits ! Arrêtez votre besogne immonde et regardez-moi : je pleure.

Ils se regardent, se regardent jusqu’aux larmes. Et pour la première fois de sa vie elle dit les mots convenus pour le dire – les mots des livres, du cinéma, de la vie, de tous les amants.

  • Je vous aime.

 

Quelques explications : ce texte est un centon. Tout est extrait de différents auteurs. Un thème les pleurs des femmes et ensuite on cherche, on note et on assemble.

Voici les quelques auteurs auxquels j’ai emprunté leurs mots : Gisèle Bienne, Marie-Salope. Françoise Sagan, Dans un mois, dans un an. Isabelle Eberhardt. Colette, Gigi. George Sans, Mauprat. Anna Kavin, Neige. Nathalie Sarraute, Enfance. Marguerite Duras, L’amant de la Chine du Nord. Gisèle Bienne Rose enfance. Marie-France Pisier, je n’ai aimé que vous.  Dominique Rollin Le Gâteau des morts.

Retour à l'accueil