Lorsqu’elle va chercher son courrier, elle est certaine de ne pas trouver grand-chose : des factures, des prospectus, des journaux qu’elle ne lit pas. Les offres des supermarchés ne l’intéressent plus. Elle n’a que faire de lots de petits pois, de haricots verts, de lessive en promotion ou de la dernière invention d’un monsieur Propre, qui lui dira comment mieux laver. Elle n’a que faire de toutes ces marchandises qu’on voudrait qu’elle achète, avale, digère, consomme.

Consommer, c’est bien un mot qu’elle n’aime pas. Elle a n’a pas besoin de consommer, elle a simplement besoin de vivre encore un peu. Toutes ses couleurs sur ces pubs qui envahissent sa boîte aux lettres, envahissent aussi sa vie, et elle n’en veut plus. Tout ceci ne lui apporte rien, si ce n’est de l’encombrement.

Généralement donc, elle ouvre sa boîte aux lettres, monte ce qu’elle y trouve, et une fois installée, le dos collé à sa vieille chaise de bois blanc, elle trie.

Elle a parfois devant elle, selon l’heure, une tasse de thé ou de café. Parfois aussi le transistor lui fait entendre un air d’opéra. Il lui arrive alors de chantonner. Elle a ses préférences, Callas bien sûr, au-dessus de toutes les autres. Et les opéras italiens ! ah ! les opéras italiens. Un délice.

L’opéra c’est aussi ce qui la séparait de Lucien. Pour lui, c’était un chant de riches, pas pour les simples comme nous disait-il ! Trop compliqué ! Qu’est-ce que tu y comprendrais ma pauvre Germaine !

Si elle avait osé répondre elle aurait dit rien ! je n’ai pas besoin de comprendre ! j’ai besoin de me laisser emporter. Elle se laisserait faire !

C’est ce qu’elle fait ce matin, elle trie  son courrier, écoutant Callas lui chantant l’amour dévastateur.

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