Magnifique journée sur le Mékong. Nous sommes au terme de notre périple.

Nous avons navigué sur les canaux, puis traversé le Mékong à son endroit le moins dangereux. Pour moi, peut-être la meilleure journée. Je touche du doigt mon rêve. Je suis proche de l’univers de Marguerite Duras. Ce voyage, c’est tout d’abord par et dans son écriture que je l’ai fait. C’est mon amour de ses romans, de sa voix, des ses mots qui m’y ont poussée. C’est pour marcher sur ses traces que j’ai entrepris ce voyage.

Ai vu la fabrication du riz caramélisé. En ai acheté.

Dans deux jours, nous rentrons. Ce sera la tête pleine de souvenirs.

Aujourd’hui, je peux le dire, ils sont encore présents. C’est étonnant de le constater.

Orage sur le Mékong. C’est beau.

On traverse les marchés flottants. Sur le bac, un homme beau, âgé, vêtu de blanc. Un regard magnifique. Image gravée dans ma mémoire. Cette beauté est fulgurante. On ne peut détourner les yeux.

Mon carnet de voyage s’arrête sur ces mots. Et pourtant tant de choses encore à écrire. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ? Je ne sais pas.

Je sais avoir vu le long du Mékong, les enfants qui se baignent, se lavent, nous appellent et nous sourient.

Je sais avoir visité l’école dans laquelle Marguerite Duras a vécu avec sa mère. On y trouve un petit musée avec photos.

Je sais m’être penchée avec émotion sur cet album.

Je sais avoir photographié cette école, derrière les grilles bleues.

Je sais y avoir cherché des toilettes dans la chaleur étouffante et dans la saleté.

Je sais y avoir été émue. J’étais là où je devais être.

Je sais être entrée dans le temple dans lequel se trouve l’autel de l’homme qu’a aimé Duras « L amant », Huynh Thuy. Il y a sa photo. Nous sommes loin de l’image donnée par le film.  « Que je vous dise encore, j'ai quinze ans et demi. C'est le passage d'un bac sur le Mékong." Inoubliable voix de Moreau rappelant celle de Duras.

Je sais l’avoir photographié : sur l’autel de l’encens dans une poterie blanche et bleue. Un bougeoir de la même couleur et une bougie rouge. Le meuble de bois foncé. Sa photo à lui en noir et blanc. Des inscriptions en lettres d’or sur fond rouge.

                Pourquoi n’ai-je rien noté ?

 

                Cela je ne le sais pas.

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