Les billets pour Er-Rachidia sont dans notre poche. Je pense que le voyage en bus sera épique. En fait, je le souhaite.

Vu le quartier des tanneurs. Les cuirs sont très beaux. Résister à l’envie d’acheter ! On entre alors dans les boutiques, simplement pour le plaisir des yeux. C’est ce que l’on nous dit si gentiment. Derrière la phrase certainement, le désir tout de même que l’on achète.

J’ai trouvé une idée cadeau pour Nanou. Le voyage c’est aussi cela. Le désir, le plaisir, de ramener un objet pour ceux qui sont restés à vous attendre. Les rendre un peu heureux et vous faire pardonner une absence qu’ils n’ont pas souhaitée. Les remercier aussi de la liberté qu’ils vous ont donnée, celle de partir. Et je pense alors au magnifique poème de Blaise Cendrars :

 

Quand tu aimes il faut partir

Quitte ta femme quitte ton enfant

Quitte ton ami quitte ton amie

Quitte ton amante quitte ton amant

Quand tu aimes il faut partir

(…)

Quand tu aimes il faut partir

Ne larmoie pas en souriant

Ne te niche pas entre deux seins

Respire marche pars va-t'en

(…)

 

Je l’ai fait tant que j’ai pu, mais je suis toujours revenue. Le manque, au bout de quelques jours, s’est toujours fait si vivant.

La Medina est bruyante, chaleureuse. Tant de choses à voir. Peut-on y passer sa vie sans en sortir ? Dans les rues plus d’hommes que de femmes. Les commerçants sont des hommes, les femmes restent en retrait.

Vu aussi le quartier des tisserands. Je ne suis pas tentée par les tissus. Plus bien plus par les bijoux. Aujourd’hui, c’est une évidence, je prendrais plus de temps à sentir l’étoffe sous mes doigts, à me laisser bercer par leur couleur. Je laisserais tous les bijoux devenus trop lourds à porter.

Relire Colette.

Pour le déjeuner, simplement du pain.

Il me faut parler des rencontres faites au hasard de notre errance. Chez le tanneur, un homme allongé sur un banc. Il nous explique qu’il est alpiniste. Il s’est fait mal mais ne veut pas aller chez le médecin. Il s’en méfie. Discussion politique à un moment autour de la démocratie. Il n’y croit pas. Sa peur de l’autre est viscérale.

Thé à la menthe.

Ciel gris.

Trois gouttes de pluie.

Fès la belle, on va se quitter.

Retour à l'accueil