L’arrivée à l’hôtel avait été merveilleuse. Toujours présentes, l’odeur des chambres, la longue errance, le soir, dans les rues. Nous étions restés à discuter autour d’un verre de bière et d’une tasse de thé. Pas vraiment envie de dormir.

Le 11 avril 2000, je faisais une longue promenade en bateau dans la baie d’Halong.

Il pleut sur le silence et les rochers. Le paysage se laisse découvrir peu à peu. Village de pêcheurs. Maisons sur l’eau entourées de leurs petits jardins. C’est drôle une vie entière passée ainsi sur l’eau. Et puis cela fait rêver tant de solitude. Y vivre ? On y pense. Mais le pourrait-on vraiment. Il me manquerait certainement tant de choses. La musique oui, certainement la musique. Celle de l’eau ne me suffirait pas.

Magie de la pierre. Ne pas partir…. Attendre, là, au milieu de cette étendue. Le temps suspendu nous y incite. Oublier ce qui est.

Les barques nous abordent pour nous vendre leurs produits. Ce sont souvent les enfants qui montent et l’on a du mal à leur résister. Les femmes se couvrent le visage pour rester blanche. C’est très important. Avoir la peau brunie signifierait que l’on n'est moins que rien, un paysan ! le masque protège la beauté il ne la cache pas.

Nous avons visité la grotte des surprises. Le guide dans un français maladroit, mais si attachant, nous parle de légendes et nous invite à laisser vivre notre imaginaire. Autour de nous, quelques personnes résistent. Ils restent fermés à toutes ces histoires qui, moi, me font chavirer.

L’après midi, visite d’une usine d’état de porcelaine, puis d’une usine privée de tissus et de soie. Je pense à une amie qui peint des cigales. Le thé est servi. On nous attend. Une jeune femme accepte de poser pour nous moyennant quelques pièces.

Je ne parlerai pas de la nourriture toujours excellente et servie avec grâce.

Nous sommes les rois dans un pays pauvre. Hôtels de luxe, restaurants à « touristes » comme les appelle notre guide.

Arrive alors la promenade dans la baie d’Halong terrestre.

Rivière, rizières, roches et rêverie. Le paysage est d’une grande beauté. Accepter de se concentrer uniquement sur la pierre.

Des chèvres sautent de roche en roche au milieu du silence.

Ce qui restera de cette promenade : beaucoup de tristesse. Nous sommes presque forcés d’acheter des produits à nos guides du jour. Les femmes qui dirigent habilement les barques deviennent plus puissantes que nous. La menace est réelle de nous abandonner là, sur un rocher, si nous n’achetons rien.

Ce fut une des grandes déceptions de ce voyage. L’argent, le besoin faussent tous les rapports.

Sans honte, je dois avouer que ce jour-là, sur une barque, au milieu ce que l’on nomme Halong terrestre, oui ce jour-là, j’ai pleuré.

 

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