A notre arrivée à Pékin c’est le froid et le brouillard. Mais la marche dans les ruelles me semble si vrai, si simple, naturelle. On est ailleurs et entièrement dans l’ici. Mélange d’ancien de moderne. Une ville qui se redessine sous nos yeux. J’aime la poussière des vieilles tuiles.

Les voitures aux vitres fumées côtoient les bicyclettes aux selles usées. Pour moi, ce sont elles le vrai visage de la Chine.

C’est la fête des lanternes tout est rouge. Comme je l’ai rêvé.

La modernité de la ville, c’est également sa jeunesse. On y retrouve presque nos jeunes ! Une même démarche, un même accoutrement. C’est ce qui empêcherait un dépaysement total si on cédait à la tentation de s’accrocher à ces silhouettes.

BEIJING DRUM TOWER

Des marches des marches et aussi les jeunes militaires.

La première nuit est sereine. Mais il y a comme des trous dans l’espace temps. Nous repensons aux beignets offerts : sucre, caramel, friture…Et en supplément quelques bonbons. Que pourrait-on y rajouter. Je crois que dans la nuit nous avons beaucoup ri.

Je lis Alexandra David-Neel. J’aimerais comme elle, quelle prétention !, faire une description des plus minutieuses des « choses vues ». Tiens cette expression c’est du Victor Hugo.

Je pense à notre programme du jour : La cité interdite.

Je suis dans mon lit. Les bruits de la ville arrivent. Ils enflent, prennent de l’importance. C’est le bruit, le bruit de toutes les villes.

Nous avons marché, marché, marché, et c’était beau. Simplement beau. Les arrêts se font selon nos envies. Le lac est gelé.

Plusieurs fois nous traversons le même parc. Sur la place, au centre, danse collective. Installées sur le banc, nous regardons la beauté des pas, les couples, surtout le vieil homme, heureux, amoureux. Le professeur, sa grâce. Il incite sa cavalière à prolonger son geste. Il appuie, accompagne la courbe du corps. Un groupe sur la droite, combien ? Une vingtaine certainement. Il me semble reconnaître quelques pas de Madison. Les rejoindre ?

Il fait doux, le soleil brille. On resterait là, sur ce banc, à regarder tous ces gens qui dansent, qui respirent le bonheur. Oui, c’est une certitude on resterait là à souhaiter que le temps s’arrête.

Je me demande alors ce que nous, dans notre société occidentale, nous avons perdu. Je crois en regardant tous ces danseurs un matin tôt dans un parc de Pékin, que nous avons perdu le goût des choses simples.

Reprendre le chemin de la cité interdite. Se laisser emporter par la beauté des lieux. Aller de cour en cour, emprunter toutes les chemins, explorer les coins, les recoins. En toute simplicité.

Ne jamais oublier la beauté des couleurs : rouge, jaune, vert, bleu. Bleu des chauves-souris, rouge des portes, jaune des céramiques, bleu comme le ciel ce matin-là.

Passer par la place Tian An men….Le vent de l’histoire.

Prendre un thé : thé au jasmin, aux fleurs de Chrysanthèmes. L’endroit est délicieux, respectueux du désir de chacun. Aujourd’hui, ce voyage est si loin, mais je sens encore le froid glacial sur ma peau et la douceur de cette pause.

Ne pas dédaigner la petite musique de l’eau sur la pierre. Tous les sens sont en alerte. Se nourrir ensuite, plus tard, de tout cet univers.

Et puis aussi un incontournable : la muraille de Chine. Moi qui aie le vertige je n’arrive pas à oublier ce mal-là. Il est incontrôlable. Il vous gagne rapidement, vous envahit, vous surprend, vous prend. A en perdre l’essentiel : la grande muraille. Et même ce pourquoi on est là !

J’aime le bruit de cette ville parce qu’elle n’est pas ma ville.

Se promener, s’y perdre. Regarder. Quoi ? Mais tout. Comme une évidence.

C’était prévu nous devions aller voir les lacs. On avait laissé l’idée des bicyclettes. Trop de monde. C’est à pied que l’on irait. La ville nous a englouties. Nos pas nous ont tout d’abord emportées vers le temple des lamas. Toute la rue est rouge et or. Après ce ne fut qu’erreurs. Des lacs, nous n’en verrons qu’un.

Un vent glacial gèle nos corps. Nous avons erré dans la grande ville à s’en perdre. Nous y retournerons à la fin de notre voyage. La glace sera encore présente mais l’eau se montrera aussi. Il y a, par endroit, des hommes qui la brisent. Un chien s’est perdu au milieu de ce grand miroir. Certains essaient de lui faire quitter un milieu hostile à qui n’est pas poisson, ou patineur. Tous les passants s’en mêlent : ils s’arrêtent, commentent, interpellent.

Nous on regarde, nous sommes un peu au théâtre. Le spectacle est si tendre.

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