Qui donc réparera l’âme des amants tristes ?

Qui donc ?

Léo Ferré

J’aurais voulu que tu me demandes de penser à la manière de vivre une journée idéale. J’aurais voulu que tu me le demandes que tu me supplies de te le dire. J’aurais tant aimé cela que tu me le demandes.

Sais-tu ce que j’aurais répondu ? Veux-tu le savoir ?

Et bien

Je t’aurais dit que ce serait dans la plénitude de l’infini avec toi pour toujours et que ce serait beau.

Tant d’amour c’était merveilleux.

Me rappelle avoir posé un jour sur ton bureau ce mot, à l’intérieur y ai caché ton poème.

J’ai trouvé ceci dans ton pantalon…Il est rare que je fouille tes poches…mais rappelle-toi la dernière fois c’est un briquet qui est resté coincé dans le tambour de la machine… je voulais éviter la panne..

Au goût de ses lèvres je préfère celle de l’errance

Mes désirs se construisent sur le néant

Je ne sais que faire de ce temps

Qu’avais-tu voulu dire que je n’ai pas saisi ?

A qui étaient adressés ces mots qui ne te ressemblaient pas.

Je les ai appris par cœur et j’ ai refermé le papier, l’ai replié et l’ai posé simplement sur ton bureau.

Aujourd’hui encore dans ma mémoire.

Sais-tu qu’il y a des jours avec, des jours sans et des jours de.

Laisse-moi te raconter nos jours d’automne.

Certain n’aime pas la pluie, le vent, l’absence de lumière.

Nous cette pluie, ce vent, cette absence nous les désirions profondément.

Nous recherchions le dépouillement des arbres, et l’installation d’une saison or et cuivre.

Avec toi, pour toi, dans ton souvenir,

J’attends avec ferveur l’arrivée d’un autre paysage, l’arrivée de tendres promesses. J’attends de pouvoir marcher sous la pluie, sous le vent. Tant de chaleur a patiemment nourri ce désir-là. Et dans ce désir : toi.

Souviens-toi…

Où sont nous jours d’automne ?

Je n’ai plus de sensation. Je n’ai plus rien. J’ai simplement l’absence.

Je n’aime plus.

Je ne suis que désert.

Tu m’as délaissée.

J’ai toujours cru en toi ce fut une évidence.

Et toi ? Crois-tu en toi ? En nous ?

Y as-tu cru suffisamment pour tout oser ?

Que de folie en moi que de folie depuis notre amour. De la folie à faire peur.

Je t’aime.

Je t’aime je t’aime

Il ne me reste plus que cela

Tant de promesses non tenues c’est désespérant.

Une belle journée d’automne débute. Le ciel est presque trop bleu. Pas un nuage.

Les couleurs sont si vives encore mais ce sont celles d’autrefois que je cherche.

Je ne retrouve rien de nos incendies.

C’est sous la pluie que la nuit s’installe, elle glace mon âme et rend ton absence plus terrible.

Je te veux.

Je t’attends.

Mon corps t’appelle.

Aurais-je dû renoncer à vouloir atteindre ce qui ne pouvait l’être ?

J’aimerais laisser sur un quai de gare tous ces bagages si encombrants.

Toi tu as osé le faire malgré mon existence.

Pourrais-je l’oublier ? Devrais-je l’oublier ?

Est-ce aussi facile que cela semble l’être ? Que cela semble l’avoir été pour toi.

Je veux t’entendre me le dire.

Peu de temps après ton départ, j’ai aperçu que tu avais laissé traîner sur une étagère ton avion en papier. J’ai souri. C’était tendre de te retrouver ainsi posé.

C’est le soir.

En voulant le saisir, j’ai effleuré la bille couleur jade que tu aimes tant. Tu l’as oubliée abandonnée comme moi.

Seule, sur la table, la poussière commence à la recouvrir. Je la laisse faire.

Un jour, je l’espère, moi aussi je serai recouverte de cette même poussière et de toi ainsi je me protégerai.

Tout ton univers a réveillé mes sens. Il me manque tes bras.

Pourtant, je le sais. Tu es bel et bien partie.

La porte a claqué

Son bruit a résonné pour toujours.

Un jour, tu sauras que c’est avec ton briquet que j’ai mis le feu à tes ailes de papier. Ton avion ne vole plus.

On s’est retrouvé au café. Tu voulais fumer. C’est pour cela que notre café, c’est dehors que nous l’avons pris.

J’aurais aimé être au chaud. Mais il y avait cette dernière cigarette. Ta dernière disais-tu. Tu as toujours fait des promesses que tu n’as jamais tenues.

Je te regardais. J’aimais te regarder. J’aimais cela rien que cela te regarder.

J’aimais tes mains si belles si douces.

Je les attendais patiemment parfois j’étais récompensée.

M’attarder sur toi était devenu mon désir, le seul.

Toi tu t’attardais sur ta dernière cigarette.

On s’était fait une promesse.

Etre à nous, se lire, se dire, se contempler, s’aimer.

S’attendre.

Je veux encore y croire.

Je suis là et ailleurs. Je m’efface, je me dissous, je t’espère tant.

Tu n’es pas venu.

Où es-tu ?

Quand as-tu renoncé à nous ?

Parfois lorsque tu dormais je chuchotais à tes oreilles des prières, des supplications.

J’espérais que tu les entendais.

Sans crainte je peux affirmer qu’en contemplative j’aurais été à mon meilleur.

Tu étais mon paysage. J’aurais pu ainsi te contempler à l’infini.

Sais-tu ce qui te rendra beau désormais ?

Ma mémoire s’est mise d’elle-même à la décroissance. Elle jette l’inutile, recycle ce qui peut être conservé. Désormais je me contente de peu et cela m’est suffisant. J’ai confiance en ses oublis.

Un jour tu ne seras plus rien même pas une ombre.

C’est aujourd’hui pour moi l’image que prendra le bonheur.

Je suis retournée là où tu sais.

Il ne reste rien de toi.

Quelle prétention d’avoir pu croire que tu étais là où se dessinaient mes désirs !

Est-ce possible d’avoir renoncé à tant d’amour ?

J’ai le sommeil bruyant.

Tous ces cris dans ma tête. Je leur demande de se taire mais rien à faire. Ils empêchent le sommeil.

Chaque nuit ton absence se rappelle à moi.

Je cherche ta voix.

Inutilement je me remplis de celle des autres mais elles ne me contentent pas. Je reste insatisfaite.

Je suis en manque.

Je cherche tes chuchotements.

Viens…

Pluie cette nuit. J’ai entendu le trop plein de la gouttière s’écouler sur la terrasse. J’aime le chant de la pluie il a quelque chose de rassurant.

Ces nuits lorsqu’elle est là il ne me manque presque rien.

J’apprends à me contenter de peu.

Bientôt, je le souhaite, je me contenterai de rien.

J’aimerais être un chat qui retombe toujours sur ses pattes.

Un jour tu m’as dit :

- je n’ai pas vu le temps passer.

Il y a longtemps. C’était au début.

Je ne t’ai pas cru : on voit toujours le temps passer et se perdre.

Le vent dans les arbres écrase le bruit du monde.

Hélas, il n’emporte pas ma colère.

Une nuit, ai rêvé que tu m’offrais cette phrase :

J’ai décroché toutes les étoiles du ciel pour toi.

Qui ira désormais le faire ?

Tant de questions sans réponses

Qu’est-ce un jour nouveau ?

Qu’attend-t-on de nos lendemains ?

Pour moi maintenant aucun avenir.

Devant moi le non devenir à l’infini.

Je ne sais si je pourrai vaincre ce vertige qui s’installe en moi. Suis-je capable de l’apprivoiser et ainsi de ne plus le craindre. Tes mains tes bras me manquent ! ils ne me soutiennent plus.

Je n’arrive pas encore à te haïr.

Ne garder de nous que le sublime ?

J’ai une facilité déconcertante à me créer un ailleurs au risque de m’y perdre.

Depuis peu, le risque s’est transformé en désir.

Arrête-le temps ! C’est ce que je t’ai dit.

Arrête le temps !

Tu n’as rien répondu.

J’avais posé mes lèvres sur les tiennes.

J’avais su l’arrêter.

La mer est bleue et le soleil s’éternise. Cette image est connue de tous, presque banale.

Pourtant, j’aurais aimé figer cet instant car c’est toi alors que j’aurais figé.

Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Lorsque nous avons quitté la plage sur le sable j’ai laissé notre empreinte et dans un coin une paire de sandales.

Ici la mer s’arrête contre les rochers.

Toi où t’es-tu arrêté ?

Parfois lors de nos départs nous avons oublié de nous aimer happés que nous étions par la puissance de ce qui s’offrait à nous. Les paysages nous rendaient timides.

Comme je leur en veux.

J’aimerais que tu m’écrives :

« je pense à toi viens me rejoindre »

J’aimerais mais rien ne vient...

Seule ma plainte.

Et toujours je pense au dernier petit papier sur lequel tu avais écrit :

Le mal gagne sur le bien

C’est comme cela on n’y peut rien

Si j’avais su je t’aurais dit comment faire pour que cela ne fût pas.

Mon corps t’appelle. Reviens !

Je peux te pardonner. Oui je le peux encore.

Mon corps t’appelle il te désire…

Reviens !

Le matin où je me réveillerai sans la mémoire des lieux, sans mon désir de toi, je guérirai.

Qu’est-ce qui t’a poussé à partir ?

Quels désirs fous ?

Quels espoirs déçus ?

Qu’ai-je oublié de faire ? De dire ?

Dis tu m’avais promis d’aller danser sur un croissant de lune. J’attends …
Sur mon corps seule la caresse du vent me rappelle ce qui a eu lieu.

Un jour il soufflera sur le vide.

De toi je n’aurai aucun souvenir rien n’aura été.

Vite que ce jour arrive !

As-tu préféré nous détruire par crainte qu’un jour l’on s’aime mal ?

Un matin, j’errais, résolue à ne rien savoir de nous.

Où es-tu ? Où suis-je ? Je chassais mes pensées.

Cependant, cette errance peut-elle encore quelque chose pour nous ?

Qui me délivrera ?

La ville dort encore.

Elle ne s’éveillera qu’au matin, au passage des éboueurs.

Dans quelle ville te réveilles-tu ? Quels bruits arrivent jusqu’à toi ?

Les draps sont froids la mort ici s’installe je la laisse faire.

Même la musique ne peut plus rien pour moi.

Pourrai-je te pardonner cela ?

Mon corps te réclame je ne peux l’en empêcher.

Je veux tes mains, ta bouche, ton sexe. Je te désire tant que le sommeil m’est impossible.

Je t’attends.

La porte n’est pas fermée à clé.

J’ai laissé la lumière dans le couloir.

Je t’attends.

Il m’est impossible de te chercher dans d’autres paysages.

Je reste là.

Je n’invente plus rien je suis celle qui espère ton retour.

Dis j’ai peur d’oublier le son de ta voix.

Viens !

Il reste peu de temps.

M’offres-tu ton départ comme une promesse de liberté ?

Une page blanche sur laquelle je ne dessine plus rien.

Je ne vis plus l’attente a envahi mon espace

J’attends le moment où je ne te désirerai plus. J’attends désormais la guérison.

Déjà, je commence à ne plus t’aimer.

Seul désormais ce vide.

Retour à l'accueil