La phrase trotte dans ma tête tandis que le train fonce dans le soir qui s’installe. Je file vers mon amour. Il est quelque part caché dans la belle Venise. Mais je pense pouvoir le débusquer.

Bientôt la nuit. Rose le soir prépare ton arrosoir. Je regarde le paysage défiler et me vient l’idée que la nuit tous les chats sont gris. Le front appuyé contre la fenêtre, j’attends mon bonheur. Je connais son visage, je sens son parfum, il me reste désormais à découvrir la douceur de son corps. J’attends son étreinte. Je l’espère. Je veux le goût de ses lèvres.

« E péricoloso di spogiersi » me dit le contrôleur. Je sursaute. Je ne l’ai pas vu venir. Même pas entendu…Il est arrivé à pas de loup.

-Mais monsieur le contrôleur, ne vous inquiétez pas ! la fenêtre restera fermée. Je pars chercher mon amour. J’ai le cœur au bord des lèvres et ce n’est pas sa place. Moi, je vais retourner à la mienne.

Il me regarde mi-figue mi-raisin. Il n’a rien compris. Il est vrai que mon italien est juste scolaire. Appliqué sans plus. Ce que je sais le mieux dire c’est ti amo ti amo ti amo pour toujours.

  • ce n’est pas une raison, continue le contrôleur, pour aller au casse-pipe. Un joli brin de fille comme vous doit s’armer de prudence. Attention ! n’aimez pas à corps perdu ce serait si difficile de vous retrouver.

Ah ! il a tout compris celui-là. Et il s’en va comme il est venu, en toute discrétion….

Je quitte la fenêtre, retourne d’où je viens, bien décidée à laisser filer tout ce qui défile, sauf mon amour. Je ne suis pas le chat qui court après la bobine.

Je sais mon désir, caché dans une ruelle de Venise, et j’y vais même si le diable est à mes trousses.

Que voulez-vous le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

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