Montaigne dans ses essais évoque « un coin où être à soi ».

Etre à soi, se tourner vers soi, se lire, se dire, se contempler, s’accepter, s’enrichir. Un coin pour s’ordonner, se recoudre, se résoudre, se pardonner, grandir. Un coin d’amour, de tendresse, de réflexion. Sans miroir, si ce n’est celui de l’âme. Un coin pour se dorloter, se parler, s’accepter, se redécouvrir, sans rien attendre, si ce n’est l’attente de soi.

Etre là dans l’espace d’un temps suspendu à ses propres espérances.

Un coin où être à soi ouvrira sur le désir de l’autre, d’être à l’autre.

Montaigne donne comme essentiel ce lieu à inventer.

Chaque jour, la forêt m’accueille. Pour m’y rendre, je passe devant le cimetière. Chaque jour, un homme, âgé, un vieil homme, arrête devant la porte du cimetière sa voiture. Il en descend, sort un fauteuil pliant et entre dans le cimetière.

Je ne peux m’empêcher de penser à lui, de l’imaginer, installé face à une tombe. Je ne peux m’empêcher de penser qu’en ce lieu est son coin à lui, le coin où il est lui-même, mais je n’ose penser à l’image que prend son attente.

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