La lettre est arrivée ce matin. A ce qu’il paraît, une lettre de ma mère. Elle écrit si peu que je l’oublie souvent. J’étais sous le préau lorsque l’on m’a appelée.

  • Votre mère vous a écrit.

Je n’ai pas répondu à la voix. La prieure est venue vers moi et m’a tendu l’enveloppe. Je n’ai pas levé les yeux de mon ouvrage. J’ai remercié simplement et déposé la lettre à mes côtés sur le banc de pierre.

Mère n’aime pas écrire. Je pense que je pourrais dire qu’elle n’aime pas m’écrire.

Assise sous le préau, j’ai ouvert l’enveloppe. Je n’ai pas compris le sens de la lettre. Comme si elle ne m’était pas destinée. Une erreur !

  • Je pense à toi, mon enfant, avec amour.

Une seule phrase. Mais cette phrase unique me hante.

Mère n’a pas d’amour à donner.

La cloche qui sonne m’ordonne d’aller à la prière. Ici tout n’est qu’obéissance. Et cela me convient. Je me laisse bercer par cette rigueur. Je n’ai pas à réfléchir. Uniquement à obéir.

Dieu, pardonne-moi mais la phrase est toujours là dans ma tête.

Notre père qui êtes aux cieux, je pense à toi mon enfant avec amour.

Mère n’a pu écrire cette phrase. Elle n’a pas d’amour à donner. Elle ne fait que le prendre.

Après la messe, pendant que la prieure nous parlait de pardon et de don de soi, j’ai repris l’enveloppe au fond de la poche. Mon nom n’est pas dessus. Aucune surprise pour moi.

Mère n’a jamais écrire.

Moi, je n’aimerai pas la lire.

Je vous salue Maire pleine de grâce.

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