Quelles idées le maire avait-il en tête ce jour-là ? Quelles envies, quelles pensées traversaient son esprit ? Ces questions restèrent pour un grand nombre d’entre nous sans réponses. Aujourd’hui, jour de mariage, toute l’assemblée attend un maire qui n’arrive pas.

Monsieur le Maire, de son côté n’ignorait pas qu’il était important de remplir pleinement ses obligations. Un mariage, pour lui, n’est qu’une simple formalité. Il est tout de même rodé à ce genre d’exercice. La veille, pour se donner bonne conscience, il a révisé son discours, il a fait en sorte, que tout puisse se dérouler au mieux, voire à la perfection. Il a tout de même une réputation à défendre. Et les prochaines élections ne sont pas loin.

Son costume est prêt. Sa femme est allée le chercher au pressing. La chemise, celle qu’il préfère pour ces moments-là, est parfaitement repassée. Tout semble l’attendre. Rien ne viendra ombrager cette belle journée de septembre. De cela il est certain.

Mais qu’avait-il donc en tête ce matin-là ? il arriva en retard à la cérémonie. Très en retard. Et chacun commençait sérieusement à s’interroger.

Apparemment, on le disait dans l’assemblée, c’était jour de chasse, et l’on supposa que notre maire avait eu peut-être d’autres envies. Celle d’aller chatouiller le gibier, ou simplement celle d’arpenter les forêts, en pensant à autre chose, qu’à ce qui l’attendait.

L’air est doux en cette journée de septembre. Il y a tant d’autres chemins à prendre que celui de la mairie. Il était facile de l’imaginer s’installant sous un arbre, observant le frémissement de la nature, la fuite d’un lapin, et de ce fait, oublier ce qu’il avait à faire.

Et puis il y avait ceux qui pensaient à d’autres choses. Moins bucoliques plus coquines.

Et l’on chuchotait, on murmurait, on pensait, on l’envisageait dans la douceur des draps, la douceur d’un corps, bref on le voyait aisément dans de jolies bras. Monsieur le Maire était bel homme. Et beaucoup accepterait de succomber à son charme. De plus, il était libre.

C’est donc bien en retard que notre maire arriva. Personne ne lui en voulut puisqu’il était là. Sur lui, aucun signe de tous les scénarios. Pas de traces de terre sur ses chaussures, pas de traces de rouge à lèvre sur sa chemise si blanche. Monsieur le Maire était parfait. Enfin, c’est ce que tout le monde pensa.

Mais rien, cependant, ne se déroula comme prévu.

Notre maire se perdit dans les difficultés qui se présentèrent à lui : problème de clé, pas d’intendance. Impossible d’ouvrir la salle de mariage. On dut encore attendre. Il lui fallut téléphoner, chercher, supplier. Il transpira !

Rien n’allait et le moment présent devint pour lui un véritable calvaire.

Une fois les problèmes réglés, les invités et les futurs mariés installés, on passa aux choses sérieuses.

Le maire, tant bien que mal, dirigea les formalités. On sentait bien que les mots avaient peine à construire un discours fluide. Monsieur le Maire avait la langue pâteuse. Masi bon ! les mariés furent mariés et presque soulagés que ce soit fini.

Ce n’est que quelques heures plus tard, au moment du banquet, que chacun souleva l’étrange attitude de notre maire : le retard ; les imprévus, une parole hésitante mais pire encore, une incohérence vestimentaire se rappela à la mémoire de tous : ce jour-là, Monsieur le Maire avait mis en guise de cravate sa belle écharpe tricolore !

Une seule question occupa la soirée : mais qu’avait donc en tête le maire ce jour-là ?

Elle resta sans réponses.

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