Premier jour et tant d’autres.

journal d’un petit moi…..

Jai le sommeil bruyant.

Tous ces cris dans ma tête.

Je leur demande de se taire mais rien à faire.

Il a plu cette nuit. J’ai entendu le trop plein de la gouttière s’écouler sur la terrasse. J’aime ce bruit. Il a quelque chose de rassurant.

J’ai envie de rester sous la couette.

Mais le réveil vient de sonner et je sais que je dois me lever. Je le sais mais je ne le fais pas. Je préfère écrire.

J’ai froid. Trop froid pour mettre mon corps en mouvement.

Cela m’arrive de temps en temps. C’est un froid envahissant qui empêche toute décision. Le corps n’y résiste pas. Il s’y abandonne.

Hier rendez-vous chez le médecin.

-Mademoiselle si cela continue votre cœur va s’arrêter de battre à moins qu’il n’ait dit de combattre. Déjà je n’écoutais plus.

Puis il a dit : il faut vous hospitaliser à moins que ce soit je dois vous aider. Déjà je n’écoutais plus.

Pendant qu’il parlait je refaisais le monde.

J’aime la vie, mais je n’aime pas ma vie.

J’aime Thomas.

Il ne sait rien. Personne ne sait rien.

J’aime Thomas mais lui ne m’aime pas. Je l’aide en maths. Les maths c’est le problème de Thomas. Mais moi mon problème c’est Thomas.

Les mathématiques cela ne trompe pas. On peut toujours justifier le résultat. Pas de doute. L’erreur, si elle existe, ne peut venir que de nous. Mais l’amour c’est pas pareil. On n’est pas sûr du résultat.

Depuis un mois on se voit toutes les semaines avec Thomas et jamais il ne m’a dit je t’aime.

Il me dit simplement que je suis très douée en mathématiques.

En ce moment mon corps soustrait toute la substance nécessaire à la vie.

J’ai la capacité à ne devenir qu’un esprit.

Un kilo moins un kilo…Ce n’est plus qu’une affaire de soustraction.

Je n’ai plus faim.

J’ai encore soif.

De Thomas.

Le chat est sur le lit.

J’écris et il ronronne.

J’aimerais être un chat.

J’aimerais être mais je crois que je ne suis pas.

Rendez-vous à l’hôpital.

Je veux simplement noter ceci.

Je crois que maman m’en veut.

Dans l’ascenseur elle n’a rien dit.

J’attendais un geste. Mais non elle est restée silencieuse à rêver à je ne sais quoi.

C’est la particularité de ma mère. Elle est capable de vous laisser là et de ne plus dire un mot.

Ma mère a une facilité déconcertante à se créer un ailleurs.

J’ai mis du temps à comprendre tout cela.

Moi cela m’est impossible.

D’après le psy je suis très ancrée dans le réel.

C’est pour cela que j’essaie de trouver la sortie.

Je n’ai pas aimé le regard de maman aujourd’hui.

Demain peut être un autre regard.

Pas de douche dans la chambre.

Je vais devoir sortir dans le couloir.

Je ne sais pas comment je vais cacher mon corps. Je n’ai pas de peignoir. Tout traîne dans ces couloirs horribles même les regards.

A mon arrivée j’ai dû tout laisser.

C’est leur méthode pour me faire prendre du poids ils m’allègent de tout ce que j’ai de plus cher.

Je n’ai pas voulu écouter ce qu’ils avaient à me dire. Je connais déjà leurs discours.

C’est ce qu’ils ont appris dans leur livre. Mais leurs livres ne servent à rien.

Je crois qu’ils n’ont pas su apprendre.

Ce soir je ne vais pas dormir.

Je ne suis pas seule dans la chambre. Il y a une vieille dame diabétique. Elle pourrait être ma grand-mère. Son fils vient lui rendre visite.

Mon lit est près de la fenêtre. Je vois quelques arbres.

Ce que je vois d’eux c’est leur maigreur.

Ils n’ont pas encore mis de rideaux noirs aux fenêtres…J’ai encore le droit de voir.

Je vois les arbres, leur détresse.

Que voient-ils de moi ?

Je ne veux pas que l’on m’entende pleurer.

Je déteste cet hôpital.

Je lui en veux d’être si sale, si laid.

Liste des interdits.

Interdit de lire.

Interdit d’avoir un portable.

Interdit d’avoir des contacts avec la famille.

Interdit d’étudier.

Interdit de recevoir des visites.

Interdit de sortir de la chambre.

Interdit de rencontrer les autres, les mêmes que moi. Ont-ils peur que j’y retrouve ma propre image. Que l’on se dévore…

Interdit de penser à Thomas.

Interdit de cacher la nourriture.

Interdit de vomir. Stupidité je n’ai jamais vomi.

Interdit de t’aimer Thomas.

Interdit de boire avant la pesée.

Interdit de penser

Interdit d’aimer

Interdit de s’enfuir

Interdit tout est interdit.

Ce qui est autorisé :

Manger sous surveillance.

Manger sous surveillance manger sous surveillance manger sous surveillance manger sous surveillance.

manger manger manger manger manger.

Ils ne comprennent rien.

Et toi Thomas m’as-tu compris.

As-tu compris combien j’aimais te sentir à mes côtés. As-tu pu comprendre cela ?

J’ai aimé les maths pour toi Thomas. Rien que pour toi.

Je demanderai un livre. Peut-être qu’ils voudront bien.

Et s’ils ne veulent pas, je relirai tout ce que j’ai dans ma tête.

Je peux m’en souvenir parfaitement. Je dois pouvoir faire cela.

Je pourrai chanter aussi. Fredonner un air. Une chanson qui parlerait d’amour.

Dans le jardin le saule pleureur s’ennuie. La chaise longue est désespérément vide

Je suis punie et l’on ne m’explique pas pourquoi.

Je suis punie et je ne sais pas pourquoi.

Et je recommence à compter : un kilo plus un kilo.

Mon Dieu faites que je prenne un kilo.

J’aurai le droit à une visite.

C’est horrible ils ont mis trop d’ail dans les courgettes. Je déteste l’ail..

Et puis l’infirmière n’arrête pas de fumer.

Ils n’ont pas prévu une salle sans tabac.

Mon Dieu faites que je prenne un kilo.

J’oublie le goût de l’ail. J’avale.

Un kilo un kilo un kilo et dans ma tête une chanson….

Ils veulent de me poser une sonde gastrique.

J’ai peur.

Je mange. Mais je ne grossis pas.

Thomas. Viens !

Il était une fois, un petit pois, écrire un petit poids…

Je suis la princesse au petit poids….

je suis sa princesse au petit poids....

Un jour une plume dans tes bras.

J’ai envie de rêver….

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