Il n’arrêtait pas d’interroger son père. C’était comme un refrain. C’est quand qu’on part ? Et lui se taisait parce qu’il n’avait rien à dire. Pas de réponse à donner tout simplement. Et ce qui le rendait fou, pas de destination à proposer. Le vide. Le rien.

Et l’’enfant répétait sans se lasser c’est quand qu’on part ? C’était devenu une sorte de refrain. Il ne pouvait dire si la question s’adressait encore à lui.

Sur son fauteuil, il ne pense à rien.

Ce qu’il sait c’est qu’il n’a jamais vu la mer, ni même les montagnes, ni mêmes les forêts Il ne connaît rien des tempêtes, des hivers très froids, des étés très chauds. Il ne connaît aucun autre paysage que celui de son quotidien. Cela lui suffit.

Ce qu’il connaît ce sont les visages sans âme qu’il croise dans le train qu’il prend chaque matin, à la même heure, pour aller faire son boulot. Ce qu’il connaît c’est le parfum bon marché qu’il offre aux femmes qui traversent sa vie. C’est le seul qu’il puisse offrir. Ce qu’il connaît ce sont les horaires du supermarché, le plus proche de chez lui. Et puis les programmes télé : le journal, le film du soir. La radio il ne l’écoute pas.

Et toujours l’enfant, celui qu’un jour on lui a laissé, son fils, qui répète sans cesse c’est quand qu’on part ?

A-t-il un jour, sans s’en rendre compte, proposé une destination. Il n’en a aucun souvenir.

Aujourd’hui, la phrase l’attaque, le matraque, le terrasse. Il ne sait pas pourquoi mais elle l’atteint. Elle a traversé les murs, la peau même. Elle est en lui définitivement.

Et si, et si….

C’est quand qu’on part ?

Poser son journal. Fermer le gaz. Couper l’électricité. Fermer les volets. Prendre l’enfant

Maintenant.

La porte claque.

Retour à l'accueil